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Claudio Nardi


Biographie

Flores Zanchi interviews Claudio Nardi.

Le MOCAK, le nouveau musée d'art contemporain de Cracovie, a été réalisé à l'intérieur de l'ancienne usine de Schindler. Quelle a été votre attitude face à un lieu ayant une telle signification ?
Claudio Nardi :
Le nom et les mots, plus que les lieux, continuaient à raconter, à transmettre le souvenir. Les vieux hangars de l'usine Schindler, utilisés pour la production jusqu'aux années ‘60, avaient pendant ce temps dilué les signes de cette période dramatique dans la quotidienneté. Le projet, qui mêle les édifices existants et les nouvelles surfaces, a de façon significative le signe industriel du lieu comme matrice : le toit en shed. Malgré le gros travail de consolidation des édifices d'origine, nous n'avons guère pu mettre les structures préexistantes en évidence. Sur la façade principale, nous avons toutefois conservé intégralement, par rapport aux nouveaux espaces contemporains vitrés, le mur de tête des anciens hangars, nu et expressif, comme signe de la  mémoire  et de la continuité. Le contexte a eu un poids énorme sur le projet, je dirais même qu'il a été décisif, aussi bien au niveau du plan, car le site disponible était  découpé, presque caché et enfoncé au milieu des autres édifices, que de la forme et des signes dominants.
Les parties neuves du musée se présentent comme la continuation idéale des anciens hangars, la couverture en shed s'étend aux nouvelles salles et se “greffe” sur le haut mur profond couleur anthracite qui arrive  jusqu'à la rue Lipowa. Il était nécessaire  d'associer de façon cohérente l'ancien et le nouvel édifice et d'étendre, en lui donnant force et visibilité de l'extérieur, le signe et la présence de la nouvelle structure.

Le nouvel édifice crée également de nouvelles dynamiques à l'intérieur du site qui apparaît de plus en plus comme le quartier créatif de la ville, quels choix avez-vous faits en ce sens ?
Claudio Nardi :
Dès le moment où nous avons pris ce projet en main, nous avons voulu miser sur la création d'un nouvel espace urbain, perméable, pouvant être traversé, transparent, en mesure de devenir un tissu connectif et pas seulement le symbole du développement et de la transformation du quartier. Nous sommes partis de sa destination industrielle pour travailler sur la nouvelle, qui comprendra également dans le futur des appartements, en créant des services culturels qui fassent partie intégrante des itinéraires touristiques de la ville.
Le dialogue avec le “Musée de la Mémoire”, aménagé dans l'édifice situé en face du MOCAK, qui faisait lui aussi partie de l'usine de Schindler, me semble nécessaire dans l'impact global et dans le rapport avec le nouveau musée d'art contemporain, orienté vers le futur. C'est là que l'on peut trouver une étincelle de continuité idéale avec l'histoire.  Les différents édifices se disposent autour d'un parcours “urbain”, une promenade, qui traverse le site, le rend “quotidien”, en fait un morceau de ville.  C'est l'idée d'un musée diffus qui accueille et traverse le contexte en le réinterprétant, tout en occupant  quand même le devant de la scène  car il a une forte connotation :  il appartient à la contemporanéité.

Du point de vue fonctionnel, quels sont les principes qui ont donné sa forme au musée ?
Claudio Nardi :
La distribution des espaces suit la logique des fonctions réparties dans un espace diffus, reliées par des promenades, des loggias, des espèces de petites places sur lesquelles donnent le café, le restaurant, la bibliothèque et l'atelier pour les artistes. Le bâtiment qui abrite les pavillons d'exposition se déploie en particulier sous une forme fluide qui résout de façon naturelle la difficulté d'organiser les espaces obtenus  en un ensemble de  zones résiduelles entre les édifices,  fermés en anneau, tout autour du musée.

Les matériaux semblent eux aussi refléter le futur et la mémoire du lieu, comment les avez-vous choisis ?
Claudio Nardi :
le signe du toit en shed, comme je le disais tout à l'heure, est à la fois une trace historique et un langage contemporain, le zinc titane noir qui recouvrait les toits est devenu un des matériaux dominants et le registre chromatique de l'ensemble du projet en a suivi l'exemple. Les façades du corps principal sont au contraire recouvertes de panneaux Fibre C anthracite. Ce matériau donne une force évidente, voire chromatique, au “mur” qui annonce la présence du nouveau musée sur la rue Lipowa -en orientant le regard, à travers les grandes baies vitrées, vers l'intérieur des salles d'exposition- et qui embrasse tout autour l'ancien et le nouveau, la synthèse et l'annonce d'une nouvelle identité importante.


Le MOCAK a été inauguré avec une exposition sur votre travail que vous avez organisée vous-même. Ce n'est pas facile de se raconter, comment avez-vous fait ?
Claudio Nardi :
L'invitation de la directrice Maria Anna Potocka d'organiser une “exposition” sur mon travail pour l'inauguration du musée m'a donné beaucoup de soucis, c'est sûr, mais m'a également poussé à trouver une clé de lecture sur ma façon d'affronter l'architecture. Le résultat est un récit constitué d'images, de photos, de vidéos, de mots et d'un commentaire sonore qui passent sur 11 écrans distribués à l'intérieur de quelques salles du musée. Mon intention était celle de faire un récit sur plusieurs niveaux, qui soit une lecture essentiellement  instinctive, émotionnelle et permette de comprendre mes idées en matière de beauté, de simplicité et de complexité, d'ensemble et de détail, d'architecture et de design d'intérieur, de profondeur et de légèreté… Il y a peut-être trop de choses, mais ça a été exaltant comme début d'un parcours qui revoit les idées, les intentions, les expériences et la consolidation d'un langage.

Vous êtes en train de réaliser un autre édifice à Cracovie, le COI, un nouveau centre pour les investissements de la mairie. Pouvez-nous parler de la genèse de ce projet ?
Claudio Nardi :
J'ai été chargé de réaliser ce Centre après avoir remporté un concours public, comme ça a été le cas pour le MOCAK. Le complexe d'environ 120 000 m², avec bureaux de la mairie, départements, divisions et salle de congrès, se dresse sur un espace vert de Nowa Huta, la ville “nouvelle” voulue par Staline au cours des années ‘50.  La forme articulée de la zone à bâtir et le grand nombre d'arbres à conserver pouvaient représenter une grosse contrainte dans la conception d'un complexe architectural contemporain destiné à avoir une grande visibilité. Notre projet doit au contraire sa forme, sa force, la raison du choix des dimensions et des couleurs justement à ces contraintes. Un concept simple et complexe, presque naturel : l'organisme architectural fonctionne comme un arbre énorme composé de deux édifices autonomes qui interagissent l'un avec l'autre grâce à un système articulé de liaisons à plusieurs niveaux, à travers lesquelles passent les différents parcours tracés par les utilisateurs, telle une sève vitale. L'édifice est perméable comme un élément naturel, c'est une architecture vivante, enchâssée dans le milieu naturel, dont j'imagine le reflet fauve des murs sur le blanc transparent du verre, sa réverbération à la lumière de l'été, le contraste avec le vert des branches des arbres ou sa teinte irisée ressortant sur le blanc immaculé de la neige qui recouvre Cracovie plusieurs mois par an.

Interview

Flores Zanchi interviews Claudio Nardi.

Le MOCAK, le nouveau musée d'art contemporain de Cracovie, a été réalisé à l'intérieur de l'ancienne usine de Schindler. Quelle a été votre attitude face à un lieu ayant une telle signification ?
Claudio Nardi :
Le nom et les mots, plus que les lieux, continuaient à raconter, à transmettre le souvenir. Les vieux hangars de l'usine Schindler, utilisés pour la production jusqu'aux années ‘60, avaient pendant ce temps dilué les signes de cette période dramatique dans la quotidienneté. Le projet, qui mêle les édifices existants et les nouvelles surfaces, a de façon significative le signe industriel du lieu comme matrice : le toit en shed. Malgré le gros travail de consolidation des édifices d'origine, nous n'avons guère pu mettre les structures préexistantes en évidence. Sur la façade principale, nous avons toutefois conservé intégralement, par rapport aux nouveaux espaces contemporains vitrés, le mur de tête des anciens hangars, nu et expressif, comme signe de la  mémoire  et de la continuité. Le contexte a eu un poids énorme sur le projet, je dirais même qu'il a été décisif, aussi bien au niveau du plan, car le site disponible était  découpé, presque caché et enfoncé au milieu des autres édifices, que de la forme et des signes dominants.
Les parties neuves du musée se présentent comme la continuation idéale des anciens hangars, la couverture en shed s'étend aux nouvelles salles et se “greffe” sur le haut mur profond couleur anthracite qui arrive  jusqu'à la rue Lipowa. Il était nécessaire  d'associer de façon cohérente l'ancien et le nouvel édifice et d'étendre, en lui donnant force et visibilité de l'extérieur, le signe et la présence de la nouvelle structure.

Le nouvel édifice crée également de nouvelles dynamiques à l'intérieur du site qui apparaît de plus en plus comme le quartier créatif de la ville, quels choix avez-vous faits en ce sens ?
Claudio Nardi :
Dès le moment où nous avons pris ce projet en main, nous avons voulu miser sur la création d'un nouvel espace urbain, perméable, pouvant être traversé, transparent, en mesure de devenir un tissu connectif et pas seulement le symbole du développement et de la transformation du quartier. Nous sommes partis de sa destination industrielle pour travailler sur la nouvelle, qui comprendra également dans le futur des appartements, en créant des services culturels qui fassent partie intégrante des itinéraires touristiques de la ville.
Le dialogue avec le “Musée de la Mémoire”, aménagé dans l'édifice situé en face du MOCAK, qui faisait lui aussi partie de l'usine de Schindler, me semble nécessaire dans l'impact global et dans le rapport avec le nouveau musée d'art contemporain, orienté vers le futur. C'est là que l'on peut trouver une étincelle de continuité idéale avec l'histoire.  Les différents édifices se disposent autour d'un parcours “urbain”, une promenade, qui traverse le site, le rend “quotidien”, en fait un morceau de ville.  C'est l'idée d'un musée diffus qui accueille et traverse le contexte en le réinterprétant, tout en occupant  quand même le devant de la scène  car il a une forte connotation :  il appartient à la contemporanéité.

Du point de vue fonctionnel, quels sont les principes qui ont donné sa forme au musée ?
Claudio Nardi :
La distribution des espaces suit la logique des fonctions réparties dans un espace diffus, reliées par des promenades, des loggias, des espèces de petites places sur lesquelles donnent le café, le restaurant, la bibliothèque et l'atelier pour les artistes. Le bâtiment qui abrite les pavillons d'exposition se déploie en particulier sous une forme fluide qui résout de façon naturelle la difficulté d'organiser les espaces obtenus  en un ensemble de  zones résiduelles entre les édifices,  fermés en anneau, tout autour du musée.

Les matériaux semblent eux aussi refléter le futur et la mémoire du lieu, comment les avez-vous choisis ?
Claudio Nardi :
le signe du toit en shed, comme je le disais tout à l'heure, est à la fois une trace historique et un langage contemporain, le zinc titane noir qui recouvrait les toits est devenu un des matériaux dominants et le registre chromatique de l'ensemble du projet en a suivi l'exemple. Les façades du corps principal sont au contraire recouvertes de panneaux Fibre C anthracite. Ce matériau donne une force évidente, voire chromatique, au “mur” qui annonce la présence du nouveau musée sur la rue Lipowa -en orientant le regard, à travers les grandes baies vitrées, vers l'intérieur des salles d'exposition- et qui embrasse tout autour l'ancien et le nouveau, la synthèse et l'annonce d'une nouvelle identité importante.


Le MOCAK a été inauguré avec une exposition sur votre travail que vous avez organisée vous-même. Ce n'est pas facile de se raconter, comment avez-vous fait ?
Claudio Nardi :
L'invitation de la directrice Maria Anna Potocka d'organiser une “exposition” sur mon travail pour l'inauguration du musée m'a donné beaucoup de soucis, c'est sûr, mais m'a également poussé à trouver une clé de lecture sur ma façon d'affronter l'architecture. Le résultat est un récit constitué d'images, de photos, de vidéos, de mots et d'un commentaire sonore qui passent sur 11 écrans distribués à l'intérieur de quelques salles du musée. Mon intention était celle de faire un récit sur plusieurs niveaux, qui soit une lecture essentiellement  instinctive, émotionnelle et permette de comprendre mes idées en matière de beauté, de simplicité et de complexité, d'ensemble et de détail, d'architecture et de design d'intérieur, de profondeur et de légèreté… Il y a peut-être trop de choses, mais ça a été exaltant comme début d'un parcours qui revoit les idées, les intentions, les expériences et la consolidation d'un langage.

Vous êtes en train de réaliser un autre édifice à Cracovie, le COI, un nouveau centre pour les investissements de la mairie. Pouvez-nous parler de la genèse de ce projet ?
Claudio Nardi :
J'ai été chargé de réaliser ce Centre après avoir remporté un concours public, comme ça a été le cas pour le MOCAK. Le complexe d'environ 120 000 m², avec bureaux de la mairie, départements, divisions et salle de congrès, se dresse sur un espace vert de Nowa Huta, la ville “nouvelle” voulue par Staline au cours des années ‘50.  La forme articulée de la zone à bâtir et le grand nombre d'arbres à conserver pouvaient représenter une grosse contrainte dans la conception d'un complexe architectural contemporain destiné à avoir une grande visibilité. Notre projet doit au contraire sa forme, sa force, la raison du choix des dimensions et des couleurs justement à ces contraintes. Un concept simple et complexe, presque naturel : l'organisme architectural fonctionne comme un arbre énorme composé de deux édifices autonomes qui interagissent l'un avec l'autre grâce à un système articulé de liaisons à plusieurs niveaux, à travers lesquelles passent les différents parcours tracés par les utilisateurs, telle une sève vitale. L'édifice est perméable comme un élément naturel, c'est une architecture vivante, enchâssée dans le milieu naturel, dont j'imagine le reflet fauve des murs sur le blanc transparent du verre, sa réverbération à la lumière de l'été, le contraste avec le vert des branches des arbres ou sa teinte irisée ressortant sur le blanc immaculé de la neige qui recouvre Cracovie plusieurs mois par an.

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